L’augmentation du loyer entre deux locataires est une question centrale pour de nombreux propriétaires bailleurs souhaitant optimiser la rentabilité de leur bien immobilier tout en respectant la réglementation française. Entre la tentation d’ajuster le loyer au prix du marché et la nécessité de se conformer à des règles strictes, notamment en zone tendue, il est essentiel de bien comprendre les limites, les démarches à suivre et les risques encourus en cas de non-respect des textes. Cet article détaille les règles applicables, les exceptions, les subtilités selon la localisation du bien, et propose des conseils pratiques pour réussir une relocation en toute sécurité juridique.
Que vous soyez propriétaire d’un appartement à Paris, d’une maison en province ou d’un logement étudiant, vous découvrirez dans ce guide toutes les informations nécessaires pour ajuster le montant du loyer entre deux locataires, éviter les erreurs courantes et sécuriser vos revenus locatifs. Nous aborderons également des exemples concrets, des cas particuliers, ainsi que des outils et ressources utiles pour gérer efficacement la transition locative.
Cadre légal de l’augmentation du loyer entre deux locataires

Textes de loi applicables
L’augmentation du loyer lors d’un changement de locataire est principalement encadrée par la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs, modifiée à plusieurs reprises, notamment par la loi ALUR du 24 mars 2014 et la loi ELAN du 23 novembre 2018. Ces textes s’appliquent à la majorité des logements loués en résidence principale, meublés ou vides, à l’exception de certains logements sociaux ou conventions particulières.
- Article 17 de la loi du 6 juillet 1989 : il fixe les modalités de fixation et de révision du loyer, notamment en cas de relocation.
- Loi ALUR (2014) : elle a instauré la notion de zones tendues et renforcé l’encadrement des loyers dans certaines villes.
- Loi ELAN (2018) : elle a permis le retour de l’expérimentation de l’encadrement des loyers dans certaines agglomérations.
Objectifs de la réglementation
Le législateur vise à protéger les locataires contre les hausses abusives de loyers, en particulier dans les zones où la demande dépasse largement l’offre. Il s’agit aussi d’assurer une certaine prévisibilité pour les bailleurs, tout en leur permettant d’ajuster le loyer à la réalité du marché lorsque cela est justifié.
Différences entre zone tendue et zone non tendue
Qu’est-ce qu’une zone tendue ?
Une zone tendue désigne une agglomération de plus de 50 000 habitants où la demande de logements est supérieure à l’offre, entraînant des difficultés d’accès au logement. En France, 1 149 communes sont classées en zone tendue, dont Paris, Lyon, Marseille, Lille et la plupart des grandes villes. Cette classification a un impact direct sur la fixation du loyer lors du changement de locataire.
- Exemples de villes en zone tendue : Paris, Bordeaux, Toulouse, Strasbourg, Nice, Montpellier.
- Exemples de villes en zone non tendue : Limoges, Le Mans, La Roche-sur-Yon, Vannes.
Pour savoir si votre bien est situé en zone tendue, consultez le simulateur officiel sur service-public.fr.
Conséquences sur l’augmentation du loyer
La réglementation est nettement plus stricte en zone tendue afin de limiter l’inflation des loyers. En zone non tendue, le propriétaire dispose d’une plus grande liberté, mais certaines règles s’appliquent tout de même.
| Critère | Zone tendue | Zone non tendue |
|---|---|---|
| Encadrement du loyer | Oui (plafonds, références) | Non (sauf cas particuliers) |
| Plafond d’augmentation | IRL ou loyer de référence majoré | Libre |
| Exceptions possibles | Oui, sous conditions | Peu d’exceptions, plus de flexibilité |
| Procédures spécifiques | Déclaration en mairie, justificatifs requis | Procédure simplifiée |
Encadrement du loyer en zone tendue

Plafond d’augmentation
En zone tendue, le montant du nouveau loyer lors de la relocation ne peut généralement pas dépasser le dernier loyer appliqué au précédent locataire, révisé selon l’Indice de Référence des Loyers (IRL), sauf exceptions précises. La règle est la suivante :
- Le nouveau loyer = dernier loyer appliqué × (IRL du trimestre de référence / IRL du trimestre précédent)
Exemple concret : Si le dernier loyer était de 900 € en juillet 2022, et que l’IRL du 2e trimestre 2022 est de 135,84 contre 131,12 l’année précédente, le nouveau loyer maximal sera : 900 × (135,84 / 131,12) ≈ 932,21 €.
Exceptions autorisant une augmentation supérieure
Le propriétaire peut appliquer une hausse supérieure au plafond dans les cas suivants :
- Travaux d’amélioration réalisés depuis le départ du précédent locataire : Si le montant des travaux représente au moins la moitié de la dernière année de loyer.
- Loyer manifestement sous-évalué : Justifié par des références locatives de biens comparables dans le voisinage.
- Logement resté vacant plus de 18 mois : Liberté de fixation du loyer retrouvée.
Dans ces situations, des justificatifs sont requis (factures de travaux, attestation de vacance, références immobilières).
L’encadrement expérimental du loyer
Dans certaines villes comme Paris, Lille, Lyon ou Bordeaux, un dispositif expérimental a été mis en place avec des loyers de référence (loyer de référence, loyer de référence majoré, loyer de référence minoré). Le montant du nouveau loyer ne peut excéder le loyer de référence majoré, publié chaque année par arrêté préfectoral.
Si le propriétaire veut fixer un loyer supérieur, il doit justifier de caractéristiques exceptionnelles (vue, terrasse, localisation premium, équipements rares) et l’indiquer explicitement dans le bail.
Liberté d’augmentation en zone non tendue
Règles applicables
En dehors des zones tendues, le propriétaire a la liberté de fixer le montant du loyer entre deux locataires, sans plafond légal. Cela signifie qu’il peut le réévaluer à la hausse ou à la baisse selon l’état du marché, la demande locative, les travaux effectués ou d’autres critères subjectifs.
- Attention toutefois à ne pas pratiquer un loyer excessif déconnecté du marché, sous peine de difficulté à relouer le bien.
- L’éventuelle requalification en location abusive ou clause abusive par un juge reste possible dans des cas extrêmes.
Conseils pour fixer un loyer juste
Pour déterminer le loyer optimal :
- Analysez les annonces similaires dans votre quartier sur les plateformes en ligne.
- Consultez les observatoires locaux des loyers (clés de répartition par surface, équipements, quartier).
- Évaluez l’état général du bien, les rénovations récentes, la présence d’équipements (cuisine équipée, parking, balcon, etc.).
Exemple : Un appartement F2 rénové, bien situé et avec balcon pourra valoir 10 à 15 % de plus qu’un bien équivalent non rénové ou sans extérieur.
Risques d’une augmentation trop élevée
Un loyer trop ambitieux risque de rallonger la période de vacance locative, d’attirer des candidats moins solvables ou de générer des contestations ultérieures. Il est donc préférable de rester cohérent avec les prix du marché local.
Procédure à suivre pour augmenter le loyer à la relocation
Étapes à respecter
- Vérifier la localisation du bien (zone tendue ou non) pour déterminer le cadre applicable.
- Calculer le plafond d’augmentation selon l’IRL ou les références légales en vigueur.
- Réaliser, le cas échéant, des travaux justificatifs et conserver toutes les factures.
- Renseigner le montant du nouveau loyer dans le bail en précisant la base de calcul et, si besoin, les exceptions utilisées.
- Remettre au locataire l’ensemble des diagnostics obligatoires (DPE, plomb, amiante, etc.).
- Déposer éventuellement le dossier en mairie dans certaines communes soumises à déclaration préalable de mise en location (notamment en zone tendue).
Documents et justificatifs à fournir
En cas de contrôle ou de contestation, le propriétaire doit pouvoir présenter :
- Le bail précédent et le montant du dernier loyer pratiqué.
- Les indices IRL utilisés pour la revalorisation.
- Les factures de travaux (si augmentation supérieure au plafond).
- Les références locatives (pour loyer sous-évalué).
- L’attestation de vacance prolongée, le cas échéant.
Exemple de clause à intégrer dans le bail
« Le loyer mensuel hors charges est fixé à 950 €, ce montant étant conforme au dernier loyer appliqué au précédent locataire, révisé selon l’indice de référence des loyers (IRL) du 2e trimestre 2022. »
Cas particuliers et exceptions à la règle
Travaux d’amélioration ou de mise en conformité
Si des travaux importants sont réalisés entre deux locations et que leur montant atteint au moins 50 % de la dernière année de loyer, le propriétaire peut augmenter plus librement le loyer. Les travaux doivent avoir pour but d’améliorer le confort (isolation, chauffage, sécurité) ou de mettre le logement aux normes.
- Exemple : Pour un loyer annuel de 8 400 €, il faut au moins 4 200 € de travaux pour bénéficier de cette exception.
Loyer manifestement sous-évalué
Si le loyer était anormalement bas par rapport au marché, il est possible de le réajuster au moment de la relocation. Il est alors obligatoire de présenter au moins 6 références de loyers de biens comparables dans le même secteur (ou 3 en cas d’immeuble collectif).
Vacance locative prolongée
Si le logement est resté vacant plus de 18 mois depuis le départ du dernier locataire, le bailleur retrouve sa liberté de fixation du loyer, même en zone tendue. Il doit toutefois être en mesure de prouver cette vacance (factures d’énergie nulles, absence de contrat, etc.).
Encadrement expérimental (Paris, Lille, Lyon, Bordeaux…)
Dans les villes où l’encadrement expérimental s’applique, le loyer ne peut excéder le loyer de référence majoré, sauf mention expresse de « complément de loyer » justifié dans le bail.
Exemple : À Paris, pour un 2 pièces de 38 m² dans le 12e arrondissement, le loyer de référence majoré est de 1 100 € en 2023. Impossible d’annoncer un loyer de 1 300 € sans justification solide et complément de loyer explicite.
Sanctions et conséquences en cas de non-respect
Sanctions administratives
En cas de non-respect de l’encadrement du loyer :
- Le préfet peut exiger la réduction du loyer et la restitution du trop-perçu au locataire.
- Une amende administrative pouvant aller jusqu’à 5 000 € (15 000 € pour une personne morale) peut être infligée au bailleur.
Recours du locataire
Le locataire dispose d’un délai de 3 ans pour contester le montant du loyer devant la commission départementale de conciliation puis, en cas d’échec, devant le tribunal judiciaire. Il peut réclamer le remboursement du trop-versé.
Risques pour le propriétaire
- Obligation de rembourser les sommes perçues en excédent.
- Réputation ternie auprès des futurs candidats locataires.
- Blocage de la location en mairie dans certaines communes (obligation de déclaration préalable).
Exemples concrets
- À Paris, un propriétaire a été condamné en 2022 à rembourser 3 000 € à son locataire pour avoir fixé un loyer supérieur au plafond.
- À Lille, plusieurs bailleurs ont écopé d’amendes de 3 500 à 5 000 € pour non-respect des plafonds.
Outils, démarches et ressources utiles
Simulateurs et observatoires
- Simulateur zone tendue du Service Public : pour vérifier la situation de votre bien.
- Calculateur d’IRL de l’ANIL : pour actualiser le loyer en toute légalité.
- Observatoire des Loyers : pour comparer avec le marché local.
Organismes d’accompagnement
- ADIL (Agence Départementale pour l’Information sur le Logement) : conseil gratuit sur la réglementation et les démarches.
- Commission départementale de conciliation : résolution amiable des litiges.
- Chambres syndicales de propriétaires et d’administrateurs de biens.
Services en ligne pour faciliter la gestion locative
- Plateformes de gestion locative (ex : Smartloc, Gererseul, Locagestion) proposant des outils d’estimation de loyer, de rédaction de bail et de suivi administratif.
- Sites d’annonces immobilières avec estimation automatique du loyer (SeLoger, Le Bon Coin, PAP, etc.).
Questions fréquentes sur l’augmentation du loyer entre deux locataires
Peut-on augmenter librement le loyer entre deux locataires ?
Non, sauf en zone non tendue. En zone tendue, l’augmentation est strictement encadrée et limitée, sauf exceptions (travaux, loyer sous-évalué, vacance prolongée).
Comment savoir si mon bien est en zone tendue ?
Utilisez le simulateur officiel mentionné plus haut ou interrogez la mairie de la commune où se situe le logement.
Quels travaux permettent une augmentation supérieure au plafond ?
Les travaux d’amélioration (isolation, installation d’un ascenseur, rénovation énergétique) dont le montant atteint au moins 50 % du loyer annuel précédent.
Un complément de loyer est-il possible ?
Oui, dans certaines villes sous encadrement expérimental, si le bien présente des caractéristiques exceptionnelles. Il doit être justifié et mentionné dans le bail.
Quels sont les délais de prescription pour une contestation ?
Le locataire dispose de 3 ans à compter de la signature du bail pour contester le loyer devant la commission de conciliation puis le tribunal.
Doit-on déclarer la relocation en mairie ?
Dans certaines communes, notamment en zone tendue, une déclaration préalable de mise en location est obligatoire. Renseignez-vous auprès de votre mairie.
- L’augmentation du loyer entre deux locataires est strictement encadrée en zone tendue et plus libre en zone non tendue.
- Des exceptions existent (travaux, loyer sous-évalué, vacance prolongée), mais nécessitent des justificatifs solides.
- Le non-respect de la réglementation peut entraîner des sanctions financières et la restitution du trop-perçu au locataire.
En conclusion, l’augmentation du loyer entre deux locataires est une opération qui nécessite d’être bien préparée et documentée, en particulier dans les zones tendues où la réglementation est stricte. Le propriétaire doit systématiquement s’informer sur la localisation de son bien, respecter les plafonds légaux, conserver l’ensemble des justificatifs et privilégier la transparence dans ses relations avec le nouveau locataire. Utiliser les outils officiels, consulter les observatoires des loyers et solliciter l’accompagnement d’experts (ADIL, gestionnaires immobiliers) sont autant de bonnes pratiques pour sécuriser la relocation et éviter litiges ou sanctions.
Une gestion rigoureuse de l’augmentation du loyer entre deux locataires permet non seulement de préserver la rentabilité de son investissement immobilier, mais aussi de garantir une relation sereine et équilibrée avec ses locataires successifs. Cette étape clé de la gestion locative doit donc être abordée avec sérieux, méthode et anticipation.
