L’achat ou la location d’un bien immobilier est une étape clé dans la vie, que ce soit pour un futur propriétaire ou locataire. Pour garantir la transparence et la sécurité des transactions, la législation française impose la réalisation de diagnostics techniques, parmi lesquels l’État des Risques et Pollutions (ERP), autrefois appelé ERNMT (État des Risques Naturels, Miniers et Technologiques). Ce diagnostic, parfois méconnu, est pourtant obligatoire et peut avoir des conséquences importantes sur la transaction si son absence ou son inexactitude est constatée. Dans cet article, nous vous proposons un tour d’horizon complet sur l’ERP : à quoi il sert, qui doit le réaliser, dans quels cas il est exigé, comment l’obtenir, quelles sont les responsabilités des propriétaires et les sanctions encourues en cas de manquement. Nous détaillerons également les textes de loi encadrant cette obligation et vous donnerons des conseils pratiques pour sécuriser votre projet immobilier, que vous soyez vendeur, bailleur ou futur occupant.
Comprendre l’État des Risques et Pollutions : définition et objectifs

Qu’est-ce que l’ERP ?
L’État des Risques et Pollutions est un document officiel qui recense les risques naturels, miniers, technologiques, sismiques, de pollution des sols et de radon auxquels un bien immobilier est exposé. Il vise à informer l’acquéreur ou le locataire, avant toute signature, de la situation du bien par rapport à ces risques. L’ERP s’applique à tout type de bien bâti ou non bâti (maison, appartement, terrain, local commercial, etc.) situé dans une zone couverte par au moins un plan de prévention des risques ou présentant un potentiel de pollution.
Objectifs de l’ERP
- Informer : garantir que le futur occupant ou propriétaire a connaissance des risques encourus (inondations, mouvements de terrain, risque industriel, pollution…)
- Prévenir : permettre aux occupants de prendre des mesures de précaution adaptées à leur situation
- Sécuriser : protéger les parties contre d’éventuels litiges en cas de sinistre ou de découverte de pollution
Évolution réglementaire
Initialement appelé ERNT (État des Risques Naturels et Technologiques), puis ERNMT, le diagnostic a évolué en 2018 pour intégrer la notion de pollution des sols, devenant l’ERP. Cette évolution reflète la prise en compte croissante des enjeux environnementaux et sanitaires, ainsi que l’élargissement des obligations d’information pesant sur les propriétaires et bailleurs.
Les situations où l’ERP est obligatoire
En cas de vente
Lors de la vente d’un bien immobilier, l’ERP doit être annexé à la promesse de vente ou à l’acte authentique. L’absence de ce document peut entraîner la nullité de la vente ou la diminution du prix si l’acheteur découvre ultérieurement des risques non signalés. Il s’agit donc d’une obligation légale incontournable pour tout vendeur.
En cas de location
Pour toute location, l’ERP doit être remis au locataire dès la signature du bail, qu’il s’agisse d’une location vide ou meublée, à usage d’habitation ou professionnel. Son absence peut permettre au locataire d’obtenir une réduction de loyer, voire de demander la résiliation du bail.
- Location vide ou meublée
- Colocation
- Bail commercial ou professionnel
- Location saisonnière (si la durée dépasse 4 mois cumulés par an)
Pour quels biens ?
L’ERP concerne tout bien situé dans une zone à risques délimitée par arrêté préfectoral. En France, plus de 10 000 communes sont concernées par au moins un plan de prévention des risques (PPR), qu’il s’agisse de risques naturels (inondation, incendie de forêt, mouvement de terrain…), miniers, technologiques (usines Seveso, stockage de produits dangereux), sismiques, de radon ou de pollution des sols.
Quelles conséquences en cas d’oubli ?
- Annulation de la transaction
- Réduction du prix
- Action en responsabilité contre le vendeur ou bailleur
- Sanctions financières
Les informations contenues dans l’ERP

Les différents risques évalués
L’ERP doit comporter une liste exhaustive des risques auxquels le bien est exposé :
- Risques naturels : inondations, incendies de forêt, avalanches, mouvements de terrain, sécheresse, tempêtes, séismes…
- Risques miniers : affaissements, effondrements, pollution liée à d’anciennes exploitations minières
- Risques technologiques : proximité d’usines dangereuses, risques d’explosion, d’incendie, pollution accidentelle
- Pollution des sols : présence de polluants ou substances toxiques issus d’anciens usages industriels ou agricoles
- Radon : exposition à ce gaz radioactif naturel, classé cancérigène, présent dans certaines régions
Contenu du formulaire ERP
L’ERP doit indiquer, pour chaque type de risque :
- Le ou les plans de prévention concernés (PPRI, PPRT, PPRM, etc.)
- La cartographie officielle de la zone (fournie en annexe)
- L’état de sinistralité du bien (déclaration de sinistres indemnisés au titre des catastrophes naturelles ou technologiques)
- Les prescriptions de travaux ou d’usage éventuellement imposées
- L’avis du propriétaire sur la connaissance de pollutions ou risques spécifiques
Exemple concret d’ERP
Par exemple, un appartement situé à Toulouse peut être concerné par le risque d’inondation (présence de la Garonne et du canal du Midi), de mouvement de terrain (argiles gonflantes), et par le risque sismique faible à modéré. S’il est proche d’une ancienne usine classée Seveso, il devra également mentionner ce risque technologique. Enfin, la présence éventuelle de radon ou de pollution des sols devra être signalée si la commune est classée à risque par la préfecture.
Comment obtenir et remplir un ERP ?
Qui peut réaliser l’ERP ?
L’ERP peut être rempli directement par le propriétaire, le bailleur ou leur mandataire (agence immobilière, notaire, etc.), à condition de respecter la dernière version du formulaire réglementaire et de s’appuyer sur les informations officielles disponibles. Il n’est pas obligatoire de faire appel à un diagnostiqueur immobilier, contrairement à d’autres diagnostics (amiante, plomb, électricité).
Où trouver les informations ?
- GéoRisques : le portail officiel du gouvernement, qui centralise toutes les données par commune et met à disposition un outil d’édition automatique d’ERP
- Arrêtés préfectoraux disponibles en mairie, en préfecture ou sur les sites des DDT(M)
- Site internet de la préfecture de votre département
- Notaires, agences immobilières, diagnostiqueurs immobiliers
Démarche étape par étape
- Rendez-vous sur georisques.gouv.fr
- Indiquez l’adresse du bien ou la commune
- Téléchargez les plans de prévention et consultez la cartographie
- Remplissez le formulaire ERP officiel en ligne (mise à jour 2023)
- Joignez les annexes obligatoires (plans, arrêtés, cartographies)
- Signez et datez le document (validité : 6 mois à compter de la signature)
Exemple de tableau comparatif : Réaliser l’ERP soi-même ou via un professionnel
| Option | Avantages | Inconvénients | Coût estimé |
|---|---|---|---|
| ERP rempli par le propriétaire | Gratuit, rapide, pas d’attente | Risque d’erreur, engagement de responsabilité du propriétaire | 0 € |
| ERP réalisé par un diagnostiqueur | Sécurité, garantie professionnelle, conformité assurée | Coût supplémentaire, délai éventuel | 20 à 60 € (en moyenne) |
Textes de loi, références et responsabilités
Références réglementaires
- Article L125-5 du Code de l’environnement
- Décret n° 2005-134 du 15 février 2005 modifié
- Arrêté du 13 juillet 2018 fixant le modèle d’ERP
- Circulaire du 18 décembre 2018 relative à l’information des acquéreurs et locataires
Responsabilité du vendeur, bailleur et mandataire
Le vendeur ou le bailleur est personnellement responsable de la justesse et de la remise de l’ERP. En cas de manquement, il peut être poursuivi par l’acheteur ou le locataire, notamment si un sinistre survient ou si une pollution non signalée est découverte. Le professionnel de l’immobilier (agence, notaire) engage également sa responsabilité s’il a rédigé ou transmis un ERP erroné ou incomplet.
Validité et mises à jour
- L’ERP doit dater de moins de 6 mois lors de la signature de la promesse de vente ou du bail
- En cas de modification de la situation du bien (nouvel arrêté, nouveau plan de prévention…), un nouvel ERP doit être fourni
- En cas de vente en VEFA (vente en état futur d’achèvement), l’ERP doit être remis à la réservation et à la livraison
Sanctions en cas de manquement
- Annulation de la vente ou du bail
- Diminution du prix ou du loyer
- Demande de dommages et intérêts pour préjudice subi
- Plainte auprès de la DGCCRF ou du tribunal compétent
Services en ligne, outils et conseils pratiques
Outils pour générer un ERP conforme
- ERRIAL (État des Risques Réglementés pour l’Information des Acquéreurs et des Locataires) : service gouvernemental pour éditer un ERP à jour et personnalisé
- Sites des préfectures pour télécharger les arrêtés préfectoraux locaux
- Applications et plateformes de diagnostiqueurs immobiliers pour une prestation clé en main
Conseils pour un ERP réussi
- Vérifiez toujours la date de l’ERP avant de signer une promesse de vente ou un bail
- Conservez toutes les annexes et justificatifs (cartes, arrêtés, plans de prévention)
- En cas de doute, faites valider l’ERP par un professionnel (diagnostiqueur ou notaire)
- Mettez à jour l’ERP si la situation de la commune ou de la parcelle évolue (nouveau PPR, arrêté de catastrophe naturelle…)
Que faire en cas de sinistre ou de pollution découverte après la vente ou la location ?
Si un sinistre survient et que le risque n’a pas été déclaré dans l’ERP, l’acquéreur ou le locataire dispose de recours juridiques contre le vendeur ou le bailleur. Il pourra demander une indemnisation, voire l’annulation de la transaction. Si une pollution des sols est découverte, la responsabilité du vendeur peut être engagée pour vice caché. Il est donc essentiel d’être exhaustif et rigoureux lors de la rédaction de l’ERP.
Questions fréquentes sur l’ERP
Faut-il un ERP pour un terrain non bâti ?
Oui, l’ERP s’impose aussi pour les terrains à bâtir situés en zone à risque. Cela permet à l’acquéreur de connaître les contraintes de construction ou d’aménagement, notamment l’obligation de respecter des prescriptions parasismiques ou de réaliser des travaux de prévention d’inondation ou de dépollution.
Quelle est la durée de validité de l’ERP ?
L’ERP est valable 6 mois. Au-delà, il doit être actualisé pour toute nouvelle transaction. En cas d’évolution de la situation réglementaire ou de la survenance d’un sinistre, un nouvel ERP est obligatoire.
Peut-on être exonéré de l’ERP ?
Non, aucune exonération n’est prévue pour les propriétaires ou bailleurs dont les biens sont situés dans une zone à risques définie par la préfecture. Même en l’absence de sinistre ou de pollution connue, le formulaire doit être remis et les informations doivent être à jour.
Quels documents annexer à l’ERP ?
- La carte communale indiquant la localisation du bien
- Les extraits des plans de prévention ou arrêtés préfectoraux
- La liste des sinistres indemnisés connus à l’adresse du bien (depuis 1982)
Que faire si le bien est concerné par un sinistre antérieur ?
Le propriétaire doit déclarer tout sinistre ayant donné lieu à indemnisation au titre d’une catastrophe naturelle ou technologique, même si les travaux de réparation ont été réalisés. L’omission de cette information expose à des recours pour vice caché.
Comment le futur occupant peut-il vérifier l’ERP ?
Le locataire ou l’acheteur doit consulter attentivement l’ERP, vérifier la cohérence avec la situation géographique du bien, et demander des précisions si nécessaire. En cas de doute, il peut interroger la mairie, la préfecture ou consulter les données publiques sur GéoRisques.
Cas pratiques, exemples et situations particulières
Vente d’un bien en zone inondable
Un propriétaire vend une maison située en bord de fleuve, classée en zone inondable par le PPRI. L’ERP doit mentionner ce risque, ainsi que les prescriptions de travaux éventuelles (hauteur de plancher, évacuation des eaux…). À défaut, l’acquéreur pourra se retourner contre le vendeur en cas d’inondation.
Location d’un appartement à proximité d’une usine classée Seveso
Un bailleur loue un appartement en zone urbaine proche d’une installation industrielle classée Seveso seuil haut. L’ERP doit mentionner le risque technologique et informer le locataire des consignes de sécurité à respecter, ainsi que des éventuelles restrictions d’usage.
Achat d’un terrain ayant accueilli une activité industrielle
L’ERP est crucial pour les terrains qui ont accueilli une activité industrielle ou agricole potentiellement polluante. L’acheteur pourra ainsi anticiper le coût d’une éventuelle dépollution avant de construire. Des aides publiques peuvent être mobilisées dans ce cas, à condition que la pollution ait été déclarée.
ERP et copropriété
En copropriété, l’ERP doit être fourni pour chaque lot vendu ou loué, en fonction de la localisation du bien dans l’immeuble. Les risques peuvent différer d’un lot à l’autre (ex : local en sous-sol exposé à l’inondation, appartement en étage non concerné).
ERP et sinistres récurrents
Si le bien a déjà subi plusieurs sinistres (inondations, mouvements de terrain…), l’ERP doit faire état de cette sinistralité et le propriétaire est tenu d’informer l’acheteur ou le locataire, même si la commune n’est plus classée à risque.
- L’État des Risques et Pollutions (ERP) est un diagnostic obligatoire pour toute vente ou location en zone à risques
- Son absence ou son inexactitude engage la responsabilité du vendeur ou du bailleur, et peut entraîner l’annulation de la transaction
- L’ERP doit être à jour, complet et accompagné des annexes réglementaires pour sécuriser la transaction
Conclusion : L’État des Risques et Pollutions s’est imposé comme un diagnostic incontournable dans toute transaction immobilière, aussi bien pour les ventes que pour les locations. Sa vocation première est d’assurer la transparence et la sécurité juridique des échanges, en protégeant les parties contre les conséquences des aléas naturels, technologiques, miniers ou liés à la pollution des sols et au radon. Rédiger un ERP conforme, à jour et complet, c’est non seulement respecter la loi, mais aussi garantir la confiance et la sérénité des futurs occupants. Pour les propriétaires, il s’agit d’une étape à ne pas négliger, sous peine de sanctions parfois lourdes. Pour les acquéreurs et locataires, l’ERP est un outil précieux pour évaluer les risques et anticiper d’éventuelles contraintes. En vous appuyant sur les outils numériques officiels et en vous entourant de professionnels compétents, vous sécurisez votre projet immobilier et participez à une meilleure connaissance des enjeux environnementaux de votre territoire. N’hésitez pas à consulter les ressources en ligne, à demander conseil à votre notaire ou à votre agence immobilière, et à actualiser votre ERP dès que la réglementation locale évolue. L’ERP est plus qu’une formalité : c’est un gage de transparence et de responsabilité au service de l’habitat durable.
